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In ecclesia militares musicae Usages et répertoire des musiques militaires dans les édifices religieux de 1801 à 1870.

Créé le lundi 10 mars 2014 Mis à jour le mercredi 30 avril 2014 Publié le lundi 10 mars 2014

Colloque Musique et pratiques religieuse en France au XIXe siècle, Bibliothèque nationale de France (Salle des commissions – Rue Richelieu), Paris, 20 et 21 mars 2014.


Conférence de Patrick PÉRONNET

In ecclesia militares musicae

Usages et répertoire des musiques militaires dans les édifices religieux de 1801 à 1870

 

 

Du Concordat à la chute du Second Empire, les musiques militaires, formations musicales typées et particulières, sont appelées à se faire entendre lors des offices religieux. Musiques ostentatoires liées au plein air, à la parade bruyante ou à la « rumeur des batailles », les ensembles à vent ont bien du mal à intégrer le recueillement induit et à exprimer la Sainte parole.

Une typologie des usages de ces musiques militaires à l’intérieur du lieu clos consacré se profile. Incarnant le pouvoir temporel, elles ne peuvent être utilisées que lors de grandes fêtes religieuses liant État et Église. Selon les divers régimes (Premier Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxième République ou Second Empire) la présence des formations militaires est plus ou moins favorisée. Peu sollicitées pendant la première moitié du XIXe siècle, on ne trouve leur présence régulière et attendue in cathedra que sous le Second Empire à l’occasion des fêtes annuelles de l’Empereur (15 août) et de Sainte-Cécile (22 novembre). De façon naturelle, les célébrations des victoires militaires et les hommages funèbres impliquent les musiques militaires. Quelques « concerts spirituels » donnent l’occasion à l’État d’instrumentaliser sa présence dans une rencontre entre charité chrétienne et esprit philanthropique.

Très vite se pose la délicate question du répertoire. En l’absence de compositions spécifiques destinées à cet emploi, les transcriptions sont d’un usage courant. Cependant, entre mauvais goût et emprunts à des romances populaires, les « erreurs de programmation » ne manquent pas, provoquant à l’occasion des situations cocasses qui indignent le clergé, les militaires mélomanes, les critiques musicaux ou l’État. Des compositeurs tentent de remédier à cette situation: Bochsa et Reicha dans l’espoir de servir quelques cérémonies officielles sous la Restauration, Choulet, Neukomm et Thomasson pour la Monarchie de Juillet avec un objectif moins intéressé. Sous le Second Empire, une politique culturelle officielle s’immisce dans le domaine cultuel et fait naître un véritable « répertoire militaire à vocation religieuse » sous les plumes de Colin, Dietsch ou Sain-d’Arod.

Entre choix esthétiques, désinvolture et tentative de moralisation, la période porte en elle de nombreux aspects des relations complexes qu’entretient le pouvoir politique avec la création artistique à destination des offices liturgiques. En toile de fond, les nombreux débats sur la nature de la musique religieuse ne sont pas absents et influent sur cette branche typée et limitée du répertoire des musiques militaires souvent ignoré de la musicologie.

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